Le GIFF s’honore en saluant l’engagement de la reine Nair
Cette année, le GIFF remet son prix Film & Beyond à la cinéaste indo-étatsunienne Mira Nair. Si cette personnalité a marqué le cinéma indépendant, notamment avec son coup d’essai / coup de maître Salaam Bombay! (Prix Caméra d’or au Festival de Cannes 1988), elle a aussi eu la responsabilité de films à grand budget qui partageaient la même exigence.
En cela, Mira Nair (« Nair » prononcé comme « Fire ») est une figure hors catégorie du cinéma international. Elle aura l’occasion d’évoquer sa carrière lors d’une conférence modérée par le directeur de la Cinémathèque suisse, Vinzenz Hediger, le dimanche 1er novembre. Suivra la projection de sa série A Suitable Boy (2020), adaptation du roman-fleuve écrit par Vikram Seth « Un garçon convenable ».
Mira Nair,
au programme du GIFF
- Samedi 31 octobre – Le Mariage des moussons (Monsoon Wedding)
- Dimanche 1er novembre – A suitable Boy
- Mardi 3 novembre – Mississippi Masala
- Vendredi 6 novembre – Un Nom pour un autre (The Namesake)
GIFF 2026
Site officiel
Maisha Film Lab
Photo: Mira Nair ©Grace Rivera
Ne cherchez pas de danseuses anonymes et muettes dans les films de Mira Nair. Oubliez les intrigues de soap opera. Vous n’y trouverez ni faire-valoir féminins ni histoires creuses parfumées à l’eau de rose. Il faut s’attendre à du fond et à des personnages de femmes pleinement actrices de leur destin. Quels que soient le décor et l’époque de ses histoires, l’important pour la cinéaste originaire de l’Est de l’Inde est d’avoir un message politique fort et clair. Pas pour idéaliser, mais pour renvoyer à l’écran une réalité perfectible avec son lot d’inégalités et d’obstacles arbitraires.
S’il y a parfois de grands noms au générique pour soutenir le projet et le propos (Richard Gere, Kate Hudson, Lupita Nyong’o…), ses œuvres traversent le temps précisément pour ce qu’elle dit. Le Festival international du film de Genève (GIFF) ne s’y trompe pas en attribuant à Mira Nair son Prix Film & Beyond, un prix qui récompense un ou une artiste interdisciplinaire pour l’ensemble de sa carrière.
Soutien et authenticité
Le talent de la cinéaste est connu et reconnu à l’international depuis longtemps: elle cumule les récompenses aux festivals de Cannes et de Venise, aux BAFTA et aux Oscars. Et son engagement en parallèle a un impact social avéré. En Ouganda, elle a lancé un initiative de formation à but non lucratif Maisha Film Lab, pour encourager et accompagner les cinéastes émergents d’Afrique de l’Est.
Elle-même a fait ses études à Harvard entre 1976 et 1979 grâce à une bourse. Là-bas, elle a appris les codes du film documentaire et ses cours ont cultivé son goût pour l’authenticité. Son premier film Salaam Bombay! (1988) mettait en lumière le sort d’enfants des rues de Mumbai; son casting en était principalement composé. Mira Nair raconte volontiers qu’elle avait tenu à travailler avec des amateurs, plutôt que de jeunes acteurs et actrices faisant semblant.
De même, son film Le Mariage des moussons, sorti il y a tout juste 25 ans, avait fait un carton et avait été douché par une pluie de critiques positives. Il prenait en effet le contre-pied d’un des films les plus lucratifs du cinéma bollywoodien, Hum Aapke Hain Koun..!, en restant au plus proche de la réalité d’un mariage pendjab hindou – et en impliquant la propre famille de la réalisatrice, devant et derrière la caméra. Contrairement à bien des acteurs et des actrices de l’industrie cinématographique indienne, elle n’est pas issue d’une famille établie, et n’a pas lancé de dynastie. Son travail reste artisanal, et elle le revendique. La contrepartie, c’est qu’elle a toujours eu besoin de soutiens externes pour financer ses projets.
Des ponts entre les cultures
Dans Mississippi Masala (1991), à découvrir lors du GIFF, Mira Nair a l’audace de raconter une romance entre deux membres de minorités aux États-Unis: une indo-ougandaise, la débutante Sarita Choudhury, et un afro-américain, interprété par le jeune Denzel Washington, qui venait d’être auréolé d’un oscar deux ans plus tôt. C’est en faisant des recherches pour ce film que Mira Nair a rencontré à Kampala son deuxième époux, un intellectuel musulman aux racines indiennes Mahmood Mamdani. Pour l’anecdote, mais en est-ce seulement une?, leur fils Zohran est actuellement maire de New York.
La famille Mamdani-Nair s’est installée aux États-Unis en 1998, après que la cinéaste a connu des échecs commerciaux (La Famille Perez, 1995; Kama Sutra: une histoire d’amour, 1996) et connu une traversée du désert de trois ans, quand ils sont partis en Afrique du Sud. La Grosse Pomme est devenue sa ville et lui a fait prendre part au projet 11 minutes 9 secondes 1 image, en lien avec le 11-Septembre, puis réalisé, dix ans plus tard, L’Intégriste malgré lui (2012).
Au début de ce siècle, Mira Nair s’est presque naturellement trouvée la mieux placée pour adapter le roman de Jhumpa Lahiri, Un nom pour un autre (2003), qui illustre la difficulté de venir d’ailleurs et qui aborde des thèmes universels tels que l’identité personnelle, l’émigration et le racisme. Son film The Namesake, sorti en 2006, lui a permis de retrouver l’excellent acteur de The Lunch Box, Irfan Khan, qu’elle avait dirigé notamment dans Salaam Bombay! , comme un symbole de sa fidélité à ses convictions, ses valeurs et ses partenaires.
Après avoir réalisé le biopic de l’aviatrice étatsunienne Amelia Earhart (Amelia, 2009), et le film inspiré de l’histoire de la championne d’échecs ougandaise Phiona Mutesi (La Dame de Katwe, 2016), Mira Nair devrait sortir en 2027 un film dédié à la peintre avant-gardiste hungaro-indienne Amrita Sher-Gil, avec Anjali Sivaraman dans le rôle-titre. La conférence qu’elle donnera lors du GIFF sera peut-être l’occasion d’en savoir plus.
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