Article dédié à A. – Et joyeux anniversaire à sa tante.
La cinéaste Jacqueline Veuve, les écrivaines aventurières Annemarie Schwarzenbach, indissociable de son amie d’Ella Maillart, et Hermine de Saussure-Seyrig, la pasteure Marcelle Bard, la fondatrice de la clinique Barbara Borsinger de Baden, celle de la librairie Droz, Eugénie Droz ou encore la marionnettiste Marcelle Moynier, et la photographe mondialement reconnue Sabine Weber Weiss… autant de femmes exceptionnelles qui ont fait l’objet d’articles, de reportages, d’exposition, en somme dont on a entendu parler. Combien d’autres oubliées, sciemment ou non, d’héroïnes anonymes et de championnes parfois malgré elles d’une cause ?
Genève face au retour des femmes
Femmes politiques, créatrices ou femmes d’affaires, les femmes illustres de Genève ont eu des activités classiques et variées. La différence avec les hommes tient du fait qu’il est nettement plus difficile d’en citer « à la pelle ». Et ce ne sont pas les rues du canton qui peuvent donner quelques indices: elles rendent rarement hommage à ces « invisibles » qui ont aussi contribué à faire de la Cité de Calvin l’une des villes européennes les plus prospères. Ce tort a fini par se voir et se devait d’être réparé. Le Canton a su rebondir sur les remous de la campagne 100Elles* et s’est mis à « féminiser » l’espace public. Depuis janvier 2020, 64 nouvelles voies ont été baptisées en l’honneur de personnalités féminines, et 38 rien qu’en Ville de Genève.
200 femmes de l’histoire genevoise
Édité par Christophe Vuilleumier, en collaboration avec Irène Herrmann
Sous l’égide de l’Association pour l’Etude de l’Histoire Régionale.
Publié avec le soutien de l’Association des Communes Genevoises (ACG) et du Département du territoire du canton de Genève (DT).
2026, 477 pages – Sur le site de Slatkine
Couverture ©DR
*-*-*-*-*-
Pour aller plus loin: Podcast de l’Association pour l’étude de l’histoire régionale (AEHR):
Héroïnes genevoises – 200 vies
Les choses bougent donc sur le front de l’égalité de traitement. Pour appliquer cette politique basique, le canton devait avoir des noms de femmes au destin documenté à proposer aux communes. Cela passait par des recherches sérieuses menées par une autorité. Ç’aura été l’Association pour l’Étude de l’Histoire régionale (AEHR), présidée par Dr Christophe Vuilleumier (dit le GOAT), soutenue par l’Université de Genève, à travers la Professeure Irène Herrmann, spécialiste de l’histoire transnationale de la Suisse. Le travail d’identification n’a pas été une mince affaire pour le groupe de chercheurs et de chercheuses. On peut l’imaginer… Cela fait quelque temps que l’on se demande où sont les femmes. La question est d’autant plus folle que le « deuxième sexe » est à l’origine de tout.
Une encyclopédie au parti-pris éloquent
Le livre « 200 femmes de l’histoire genevoise » qui paraît aux éditions Slatkine est donc le résultat des près de quatre ans de recherches auxquelles ont participé une quinzaine d’étudiantes et étudiants de l’UNIGE. C’est une encyclopédie (pour les plus jeunes, Wikipédia, mais sans liens hypertextes) qui pèse son poids, mais dont le mérite premier est d’être tangible. En consacrant en moyenne deux pages à ces deux cents personnes, on prend conscience en un coup d’œil de leur apport à l’histoire de Genève.
Le projet complète d’une certaine façon le livre de Maurice Baudet « Portraits genevois » (2023, même éditeur), qui pouvait donner le même sentiment de pavé pour passionnés. L’approche était cependant plus subjective, avec des commentaires personnels, à apprécier, et des citations bienvenues. Malheureusement, le livre dressait le portrait de beaucoup trop peu de personnages féminins de notre histoire. Avec son projet 100Elles*, l‘association féministe intersectionnelle l’Escouade ne faisait pas dans la dentelle, à dessein. Elle avait relevé l’écueil de l’exercice: souvent, l’Histoire retient d’une femme que son rôle de mère, de fille ou d’épouse. On a généralement plus d’informations sur le partenaire dans la lumière, que sur l’éminence grise dans la pénombre. Nihil novi… Cela peut être le cas dans certains articles (Victoria-Alexandrina Peel Barton).
L’ouvrage académique, fouillé et fascinant, a aussi quelques imperfections rassurantes – « Pregny » n’a pas d’accent 😉 – et tout n’est pas définitif : « Ces biographies (…) ne demand[ent] qu’à être développées », note Dr Christophe Vuilleumier dans sa préface. Prendre le parti de compléter l’histoire officielle tombe à point nommé et sous le sens. L’espace public devrait vraiment être pour tous et pour toutes.
Sans surprise, j’aurais adoré participer à ce premier tome, quoique historien en herbe (ABE). On attend donc la suite, pour une nouvelle salve de 200 noms de personnalités féminines. Sûr que le corpus sera consistant, et les excuses de ne pas nommer de rues en l’honneur de l’une d’elles seront irrecevables. Restera, travail de longue haleine, à éclairer ces souvenirs. Comme le martèle la page Facebook Elles s’appelaient, « la mémoire ne se transmet pas toute seule ».⠀
Place aux grandes dames
À la suite de mon livre « Genève en 366 jours », la Fondation pour l’attractivité de Genève m’a sollicité pour faire des recherches sur différentes personnalités et institutions du canton. Outre sur l’Escalade, j’avais notamment travaillé sur des Genevoises, de papier, sinon de cœur, souvent très connues, mais pas si bien connues. En y regardant de près, il y a parfois des inexactitudes dans les récits ou des idées reçues tenaces dans les caboches. Bref, la mission m’avait passionnée et le résultat très moderne m’avait plutôt plu.
L’objectif de la FLAG était bien sûr différent du projet des historiens, le premier était grand public, l’autre, politique (mais pas idéologique). L’un n’empêchant pas l’autre, c’est le Département du territoire lui même qui ouvre une perspective dans son communiqué: « Avec cet ouvrage, les communes disposent désormais d’une source de personnalités féminines documentées, dans laquelle elles pourront puiser des noms en lien avec leur territoire, ce qui répond au besoin à l’origine du projet. » Ce qui vaut pour la rue vaut pour le web, faisons place aux grandes dames du panthéon de Genève.
Illustration: Statue de Willy Georges Vuilleumier©Genève Les Portes
En savoir plus sur Genève Les Portes
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
