Avec Misery, Confiture se met au screaming


Sorties / jeudi, février 4th, 2021
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Misery, un spectacle bien vivant

  • La compagnie Confiture remonte sur les planches, après notamment son épique adaptation des Trois Mousquetaires.
  • Du mardi 23 au dimanche 28 février 2021, elle joue Misery, la pièce de William Goldman, adaptée du film de Rob Reiner (1991) et du roman éponyme de Stephen King (1987)
  • Les représentations, mises en scène par Lambert Bastar, seront jouées au Théâtre de l’Espérance (le bien-nommé).
  • Les spectateurs assisteront à un spectacle vivant en « live », mais de chez eux.
  • La pièce programmée au printemps dernier avait été annulée, pour les raisons que l’on devine.

De l’effroi en streaming avec Confiture

Jamais l’expression « spectacle vivant » n’aura été aussi bien trouvée! La pièce Misery, montée par la compagnie Confiture au Théâtre de l’Espérance, est déjà un tour de force en cette période privée de sorties culturelles. Le fait qu’elle évoque la séquestration et la torture d’un écrivain par une admiratrice ne manque pas de piquant. Après un an de Covid, on est tous un peu sur les nerfs, non? Si le huis clos a un côté terrifiant, la diffusion du spectacle en streaming permet de prendre du recul, heureusement. Cette fable autour de la pulsion de vie permet surtout d’entendre le déchirant cri du coeur d’un secteur aux abois.

L’ancienne infirmière rencontrée fortuitement offrait de lui rendre service… L’écrivain à succès Paul Sheldon n’aurait jamais pensé qu’elle était plutôt branchée sévices. Et pour rester vivant, qu’il serait contraint de réécrire tout un roman – histoire de ne plus froisser cette fan déséquilibrée. Problème: comment s’échappe-t-on quand on n’a pas notre destin en main?

L’histoire sordide imaginée par Stephen King est peut-être bien une maligne mise en abîme de la condition d’auteur-créateur. Les délais et l’attente du public obligent en effet l’écrivain à faire vite et bien au risque de perdre des plumes et des lecteurs. En 1987, le roman faisait frissonner tout un chacun. Près de 35 ans plus tard, en plein marasme politico-sanitaire, l’histoire de Misery ajoute du trouble au vertige. Avec les questions pleines d’actualité que soulève la pièce, la compagnie Confiture a eu du nez à la programmer.

L’écriture à la folie

« L’art vit de contrainte et meurt de liberté », remarquait le poète. C’est sans doute le constat, amer pour lui, que se fait Paul Sheldon, le personnage principal . Comment écrire quand on est poussé à bout? Comment créer quand on ne peut pas bouger – au propre comme au figuré, il a les deux jambes cassées? Dans la position aussi inconfortable que celle de l’écrivain, les questions « méta » s’effacent sans doute volontiers devant l’instinct de survie.

Il faut la folie du personnage de l’infirmière (qui théoriquement nous veut du bien) pour nous rappeler que l’écriture ne va pas de soi. Il faut à l’écrivain mobiliser tout son esprit et rester focaliser sur l’essentiel: sa création. Pendant ce processus mystérieux, pas forcément de tout repos, et en temps normal, la vie extérieure paraît étrangère, futile et dispensable. L’inspiration assure l’oxygénation de la bulle du créateur.

Il suffit de retirer ce qui fait le monde (le jeu, la joie…) pour que l’on ait le sentiment de ne plus avoir pied, de ne plus avoir de raison de défricher ces terres immergées dans l’inconscient. Le spectacle fera sans doute pousser des cris, Misery version Confiture apparaît clairement comme une bouffée d’air sonore aussi rassurante que nécessaire.

Infos sup’

Misery « en screaming »
Du mardi 23 au dimanche 28 février 2021

Coproduction: Cie Cinéscène
De William Goldmann, d’après Stephen King
Mise en scène: Lambert Bastar
Avec: Rebecca Bonvin, Gaspard Boesch et Philippe Mathey
Site de la compagnie 

Réservation: Billetterie Confiture
Le prix unique du lien streaming : Frs 15.-
NB: Uniquement accessible depuis le territoire suisse.

Photos: © Johan Perruchoud

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