Visite guidée dans la Genève du XIXe siècle, avec Henri-Frédéric Amiel


Balades / mardi, janvier 18th, 2022
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Henri-Frédéric Amiel, promoteur de la Genève du XIXe siècle

affiche degradé rouge à bleu pour le festival Black Movie

Henri-Frédéric Amiel, Joseph Hornung, 1852 ©Bibliothèque de Genève

  • Né en 1821, comme Charles Baudelaire (et beaucoup d’autres), Henri-Frédéric est un témoin privilégié des changements de Genève durant le XIXe siècle.
  • Avec la politique fazyste, la Cité de Calvin perd son caractère médiéval pour entrer de plain-pied dans la modernité.
  • A travers une longue épitre intitulée « Guide du Touriste à Genève », publiée dans un numéro du Journal de Genève en septembre 1858, Amiel présente les emplacements et monuments (déjà) incontournables.
  • Si je vous laisse juger la qualité des vers et la richesse des rimes, je suis sûr que, comme moi, vous serez surpris d’y retrouver (presque) tout ce qui fait la ville, encore aujourd’hui.

Guide du Touriste à Genève, en septembre 1858, épitre de Henri-Frédéric Amiel (extrait)

Aux Avents on me dit un jour:
« Nous voulons, à notre retour,
Mieux voir Genève,
Nous connaissons ses environs,
Lac et Jura, Mont-Blanc, Voirons
Et le Salève.

« Même on nous a montré le lieu
Où l’Arve gris, le Rhône bleu
Hymen étrange,
Joignent, par un destin brutal,
Sans les mêler, l’un son cristal
L’autre sa fange;

« Et Plainpalais dont les ormeaux
Entendent moins de chalumeaux
Que de trompettes,
Plaine où, sur des gazons fleuris,
Bateleurs, cirques et conscrits
Font des tempêtes;

« Et le Temple des Francs-Maçons,
Touchant du coude, sans façons,
La Synagogue.
Notre Dame, église d’hier,
Qui votre curé si fier,
Qu’on l’en dit rogue;

« Le Théâtre où, pour son argent,
Votre public intelligent
Rit, claque ou siffle;
Et l’Edifice électoral,
Qu’un malin n’appela pas mal
La Boîte à gifle;

« Le Casino Bartholony,
Bijou coquet, bientôt fini;
Le Limnimètre,
Et le Temple anglican, joujou,
Où le dimanche on ne sait où,
Monsieur, se mettre;

Et l’Hôpital prodigieux,
Devant lequel disait : « Tant mieux! »,
Un pauvre artiste,
« S’il faut brûler mes chevalets,
J’irai loger dans ce palais! »
C’est gai… mais triste;

« Et les cent toits dont les pignons,
De tout côté, vrais champignons,
Poussent de terre;
Forêt de jeunes bâtiments,
Qui jette en des ravissements
Chaque notaire

« Vos mille esquifs, au soir, voguant,
Tels qu’à Naxos le choeur fringant
Des hippocampes,
Tandis qu’aux deux flancs de vapeur
S’allume, sur le flot trompeur,
Le feu des lampes;

« Vos quais, ligne de flamme et d’eau,
Où se pressent, comme au Lido,
Les étrangères;
Votre ancien forum du Molard
Où tonna Froment, et, plus tard,
Les harangères;

« Et votre Electrique fanal
Rayant d’or l’azur du chenal
Où boit le cygne;
Son môle, cher à l’amateur
Qui, nuit tombante, en séducteur,
Pêche à la ligne;

« Et vos magasins d’Orient
Où scintille un écrin riant
D’orfévreries,
Trésors à troubler Aladin,
Quand le gaz irrite soudain
Leurs pierreries;

« Réunissant ces quelques traits,
Monsieur, vous aurez à peu près
Ce que nous vîmes.
Vos grands Hôtels nous ont plu fort,
Et nous sommes avec le Port
Assez intimes. »

Tout ceci, Madame, est exact,
Et vous décrivez avec tact
La cité neuve,
Cette Genève aux frais atours,
Qui mire ses récents contours
Dans son vieux fleuve.

(…)

Infos sup’

Photos: ©Bibliothèque de Genève, sauf Plainpalais ©GLP

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