Vroom, enfin un restaurant accessible à tous, même aux sourds


Cuisine / jeudi, février 24th, 2022
Print Friendly, PDF & Email

Chez Vroom, on s’entend à merveille

  • Vroom! le restaurant où les sourds et malentendants peuvent enfin parler aux serveurs
  • Cet établissement public appartient à la Ville de Genève.
  • Il a pu se lancer grâce à diverses structures et à un financement participatif de 182 parrains.
  • Plats du jour, mets totems ou tendance, options végétariennes voire véganes… la carte est préparée avec des produits essentiellement locaux.

Vroom ouvre l’appétit et le dialogue

La rue des rois, en ville de Genève, n’a pas fini de nous surprendre. Avant d’en arpenter la zone piétonne végétalisée, qui est en cours d’aménagement, on a une bonne raison de s’y rendre: un restaurant au concept unique en Suisse, baptisé Vroom. Le lieu est pensé pour les personnes sourdes ou malentendantes, mieux! pour en embaucher!

Un havre gourmand accessible à tous

Un restaurant tenu par des sourds et malentendants, ça existe dans des villes comme New York, Paris ou Rome, et quasiment nulle part ailleurs. Le projet de la Fondation Vroom présage un vrai changement sociétal.

Tout l’espace de Vroom a été conçu pour un maximum d’accessibilité, avec l’objectif de faciliter la communication visuelle et le confort des clients, qu’ils entendent ou non. La lumière naturelle entre par de grandes baies vitrées, la cuisine est « ouverte », moins pour impressionner les clients que pour aider les chefs à communiquer avec les serveurs et serveuses, et les tables sont rondes. Figure de proue d’un monde plongé dans le silence, le restaurant est vivant et sonore. Le nom « Vroom » fait d’ailleurs référence au bruit… et il y en a moins qu’ailleurs. Et c’est très bien! Le secret? Le sol et le plafond sont phono-absorbants. Les clients le constatent immédiatement. [- Question aux autres restaurateurs: est-ce vraiment agréable de déjeuner dans le brouhaha d’un hall de gare?]

« Vroom a l’ambition de déconstruire les stéréotypes autour du handicap et de la surdité, de promouvoir la langue des signes et de prouver l’employabilité des personnes sourdes ou malentendantes. « 
Elodie Ernst, co-fondatrice et chargée de communication.

À terme, des tablettes feront office de cartes et auront une dimension ludique et pédagogique: des petites vidéos enseigneront comment commander avec les mains. C’est que la langue des signes ne compte toujours pas parmi les fondamentaux introduits à l’école. Elle est pourtant officiellement reconnue dans la constitution genevoise depuis 2013, mais elle aura été interdite à l’école pendant cent ans. Et on dit que le silence est d’or…

On sait tous quelques mots d’espagnol ou d’allemand, mais peu d’entre nous savent signer « bonjour, merci, au revoir ». Le dialogue est déjà rompu avant d’être entamé. Heureusement, Vroom va organiser des ateliers d’initiation, sur un rythme mensuel a priori, outre des soirées à thème et des conférences. Genève a enfin une adresse où pratiquer.

La minorité silencieuse se rebiffe (à raison)

Aussi étonnant que cela puisse paraître: dans le canton, voire la région, il n’y avait pas vraiment de lieux publics ouverts à toutes et tous, pour une réelle cohésion sociale avec les personnes sourdes ou malentendantes. C’est peu dire qu’il était temps qu’un établissement comme Vroom ouvre ses portes. Pensez donc: la première classe de sourds du canton de Genève date de 1822 – il y a 200 ans (oui, quand même! merci Isaac-Etienne Chomel).

C’est sûr que du point de vue « statistique pure », les 0,1% de sourds suisses (environ 10 000 personnes) ne pèsent pas lourd; 900 000 malentendants en 2018 (sur une population de 8,7), ça impressionne déjà plus. L’invisibilité du handicap sensoriel, et ses situations cocasses, ont fait que la société aura mis bien trop longtemps à intégrer ses concitoyens atteints.

Et cette marginalisation de limiter l’accès aux études supérieures et à des métiers autres que manuels. Le taux de chômage chez les personnes sourdes et malentendantes avoisine les 10%, sans parler des discriminations, notamment à l’embauche. Le chef Mehari Afewerki, ancien du Red Sea érythréen et ancien président de la Société des sourds de Genève, a eu à plaider sa cause au tribunal pour avoir le droit d’ouvrir le restaurant. Véridique. Au 21e siècle… C’aurait été incompréhensible qu’il ne puisse pas. Un mois après l’ouverture, l’affluence atteste son talent et de celui de son collègue, la convivialité du lieu et donc la réplicabilité du concept. Mille fois tant mieux.

+ d’infos

Vroom

Rue des Rois 13
1204 Genèvefacebook

Fermé le dimanche.

Réservation conseillée: info@vroomgeneve.ch / 022.321.44.13

Sur instagram : @vroomgeneve
Société des sourds de Genève (SSGenève) : www.ssgeneve.com

Photos: Couverture ©Vroom

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.